Cinéma Cornay - rue de l'Abreuvoir - 86120 Loudun
Association cinéma Art et essai
HUIT ET DEMI
jeudi 15 janvier à 20h30
Deux Procureurs

de Sergei Loznitsa
(Allemagne 2025)
Durée du film : 1h58
Avec : Aleksandr Kuznetsov, Aleksandr Filippenko, Anatoliy Belyy
Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev. Il se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d’agents de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur général à Moscou. A l’heure des grandes purges staliniennes, c’est la plongée d’un homme dans un régime totalitaire qui ne dit pas son nom.
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Kornev (Alexandre Kouznetsov, impeccable de dignité, distante et candide) est un pur ou un innocent, l’un de ces « idiots » dont la littérature russe raffole. C’est un jeune procureur propre sur lui, un modèle de rigueur et de conscience du devoir. Par miracle, l’un des milliers de messages de SOS brûlés a été sauvé. Ce lambeau de carton, écrit avec du sang, est parvenu jusqu’à lui et l’a alerté. Il décide de se rendre dans la prison pour venir rencontrer l’auteur du mot. Dans sa quête de justice, Kornev ne cesse d’attendre et d’être observé, quand ce n’est pas méjugé, mais rarement ouvertement. Le film révèle le plus souvent un totalitarisme qui ne dit pas son nom, au visage parfois débonnaire, volontiers blagueur. Il laisse planer un climat de peur voire de terreur diffuse, qui n’est pas sans résonner avec la situation de la Russie actuelle, comme si l’Histoire ne faisait que bégayer. Dans ses meilleurs moments, Deux Procureurs est surtout kafkaïen, tout près du mauvais rêve oppressant, avec son mélange de tragique et de grotesque. (Télérama)
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Avec Deux procureurs (présenté en compétition au dernier Festival de Cannes), le réalisateur de Donbass et d’Une femme douce signe un film remarquable centré sur le parcours kafkaïen d’un magistrat novice et idéaliste persuadé de la justesse de sa cause. (Le Figaro)
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Après le documentaire froid et effrayant sur L’Invasion, Sergei Loznitsa se plonge donc dans la barbarie d’un temps passé où l’arbitraire semblait le moteur du régime. Bien sûr, le sujet n’aborde absolument pas frontalement la question de l’Ukraine, mais il rend compte d’un système de justice broyé par un autoritarisme sans limite qui conduit aux pires errances. Même le souci de parvenir à faire gagner le droit sur la barbarie semble impuissant, un peu finalement comme le tribunal pénal international dont d’ailleurs le protagoniste fait référence en brandissant les principes généraux du droit romain, qui assiste impuissant à la remise en cause de l’indépendance ukrainienne et la destruction de peuples qui n’ont pas demandé à mourir et à perdre leur maison. Et même la musique ne parvient pas à sauver le monde, c’est peu dire. (A Voir A Lire.com)
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Le réalisateur ukrainien adapte, sous la forme d’un conte cruel et implacable, un texte, interdit pendant quarante ans, de Gueorgui Demidov, un scientifique russe envoyé au goulag. C’est un conte circulaire, qui s’achève exactement où il avait commencé, sur une porte de prison qui s’ouvre, lourde, et se ferme en grinçant sur le regard du spectateur. Entre les deux, Deux procureurs tient tout entier, déroulant le parcours obstiné du protagoniste, traversant diverses officines de l’Union soviétique de 1937 au plus fort de la répression stalinienne, lancé dans une démarche administrative qui se révélera une descente aux enfers. (Mathieu Macheret - Le Monde)
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Dans sa manière de cadrer en plan moyen des figures-automates prises au piège d’un système qui les dépasse, Deux procureurs évoque le cinéma de Jacques Tati, que Loznitsa admire et dont il cite quelques gags (une porte qui couine à répétition), voire celui de Wes Anderson, cousinage a priori plus surprenant mais perceptible dès le début du film, où un échafaudage à l’arrière-plan épouse idéalement les contours de l’image. On peut aussi simplement se dire que le cinéma de Loznitsa, qui explore en quelque sorte la face sombre de la mécanisation burlesque du monde moderne (le contrôle des corps dans l’espace), reste fidèle à lui-même, désespéré par la répétition tragique de l’Histoire dans les pays de l’ex-URSS. À la fin du film, celui-ci pourrait redémarrer : un nouveau procureur, plein de bonnes intentions, remplacerait alors le précédent, et cela ne ferait aucune différence. (Critikat)
Bande annonce originale en VOST : https://youtu.be/3dRx4UdW7t4https://youtu.be/3dRx4UdW7t4
